2 février 2014

Attention au Bâillon

En pleine période de débat concernant l’interdiction de signes religieux dans la fonction publique, une musulmane meurt accidentellement après que son hidjab se fut coincé dans le mécanisme d’un escalier mécanique. Quelle mort atroce! Inévitablement, cela entraina des propos sarcastiques (mot à la mode : inappropriés) de la part d’individus actifs sur les médias dits sociaux. Quoi de neuf madame la marquise? Je ne suis ni surpris ni même très choqué (notez que je pourrais faire semblant).
Un incendie tue 32 vieillards dans une maison de retraite à L’Isle-Verte. Voilà un autre drame récent, une horreur. Quelques jours plus tard, près de moi, des gens font des jeux de mots en rapport avec le triste évènement. Certaines blagues étaient drôles, déplacées, mais drôles je l’avoue.
Se moquait-on des victimes? Des familles des victimes? Non, bien sûr. Le rire constitue une soupape pour tout ce qui nous empoisonne. Rire n’empêche pas de prendre la vie au sérieux, mais cela aide à ne pas se prendre soi-même au sérieux. Il serait facile de faire comme ces animateurs de radio et de télé : simuler une ambiance de deuil exagérée pour chaque mortalité annoncée, même si on ne connait pas les victimes ou les proches?
La vie continue. Nous devons penser aux vraies choses : faire l’impossible pour prévenir la répétition, dédommager la famille des victimes, les soutenir. Cela va de soi. Les exemples sont multiples, quotidiens sauf que lorsque le drame se produit dans notre société, il y a toujours quelques personnes pour exiger des lois, des façons de communiquer ou de parler sans froisser qui que ce soit. On voudrait que les autres pensent et agissent d’une seule façon : comme la nôtre. J’ai entendu des animateurs publics proposer l’usage d’un langage prédéfini, l’emploi de mots triés. Il ne faudrait pas dire telle ou telle chose, éviter tout propos susceptible de provoquer des remarques, des rires ou des cris. Bref, ça ressemblait à de l'autocensure. Rien n’est pire que l’autocensure.
Dans le pays qui se vante sans cesse d'être démocratique (sic) : les É.-U., on devait se taire après 911. Aujourd’hui encore, on peut procéder à des arrestations sous simple dénonciation aux É.-U. et dans plusieurs pays dits alliés. Fallait y être quelques mois après les évènements pour constater qu’absolument personne ne pouvait critiquer le président ou l’administration américaine en public sans risquer de se faire arrêter puis interroger. Quel rapport avec le sujet? La liberté d’expression. On ne pouvait qu’être avec eux ou contre eux, aucun espace à la critique, à la contestation.
Quiconque souhaite, par la censure ou la loi, faire taire ceux et celles qui pensent différemment, méprise le peuple. Cela revient à infantiliser le lecteur, le téléspectateur ou l’auditeur. Décider pour les autres c'est croire le public incapable de choisir, de filtrer. En limitant les mots et les opinions au public, comment pourrait-il juger? Ça n’a aucun sens.
Des cas moins clairs :
En France on a interdit un spectacle de Dieudonné. On accuse l’humoriste (son spectacle) d’antisémitisme. Je ne suis pas en mesure de me prononcer sur cette affaire. J’ai assisté à un tas de débats, d’attaques et de répliques et j'ignore encore de quoi il en retourne. Il y a du politique, des influences, etc. L’affaire est devenue tellement démesurée que les camps se sont polarisés : cul-de-sac, on interdit sans arrêter quiconque, étrange.
À Montréal on a refusé de louer les grandes salles pour les conférences de certains leadeurs musulmans prônant la charia, les contraintes (c’est le moins qu’on puisse dire) vestimentaires des femmes musulmanes, l’interdiction des femmes de travailler ou de vivre de façon libre, l’obligation aux femmes de se soumettre aux hommes.
Je n’approuve pas ces leadeurs religieux, ni les propos racistes, mais il faut faire gaffe de ne pas se bâillonner soi-même. Peut-être ne faut-il pas taire tout sujet délicat ou propos risquant d’exacerber les passions. Je sais que des orateurs mal intentionnés voudraient profiter d’un pays qui prône la liberté d’expression pour propager des propos haineux, diffamatoires ou discriminatoires, mais en laissant la parole à tous, les gens de bon sens pourront aussi s’exprimer et le public saura choisir, ne le sous-estimons pas. Il restera toujours la loi pour poursuivre en justice ceux qui vont trop loin. Après tout, nous vivons encore dans une société de droit.
Bref, il faut parfois réagir, peut-être interdire exceptionnellement tout en faisant gaffe de ne pas aller trop loin. Chose certaine, les paroles déplacées, les sarcasmes, l’ironie, l’humour noir, les paroles acérées et les critiques ne devraient pas faire partie des propos à bannir. Laisser un imbécile, même extrémiste, parler en public est moins dangereux que de museler une population, même de façon partielle.
Grand-Langue

33 commentaires:

  1. La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Je pense qu'il faut s'effocer au respect de l'autre, ce qui nous conduit à ne pas dire n'importe quoi. Cela dit, cela ne doit pas amener à la censure et à l'interdiction de s'exprimer. Comme tu le soulignes, lorsque l'on exagère, les tribunaux sont là pour démêler le pour du contre et éventuellement condamner. Faut faire gaffe, c'est vrai, car on peut ariver très vite à de l'anti-démocratique. A plus. Florentin.

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  2. Florentin,

    La fameuse "majorité" a tendance à demander à nos gouvernements de régir plusieurs facettes de notre vie. Cela m'agace car j'ai l'impression qu'il en résulte une certaine irresponsabilité individuelle. Il faut bien sûr distinguer les divers aspects. Prenons lexemple de la langue, une loi existe pour protéger le français sauf quue les gens n'exigent plus rien des commerçants. On abdique face aux responsabilités que chacun devra toujours exercer.

    Grand-Langue

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  3. Je suis parfaitement d'accord avec ce que vous dites : « mais en laissant la parole à tous, les gens de bon sens pourront aussi s’exprimer et le public saura choisir, ne le sous-estimons pas ».

    Avec les tribunes qui se multiplient et les réseaux sociaux dont l'anonymat permet à certains de dire à peu près n'importe quoi, il ne servirait à rien de museler ou de bâillonner toute une population avec des lois qui n'ont pas de dents. Il nous faudra se responsabiliser comme citoyen(ne) et savoir faire la part des choses, exercer notre jugement.

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  4. Zoreilles,

    Tellement vrai, les tribunes publiques se multiplient, il se dit des bêtises et on s'amuse mais quand le temps de réfléchir, je crois que les gens sont capables d'une réflexion plus profonde.

    Grand-Langue

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  5. S'il fallait exprimer publiquement haut et fort toutes les blagues que l'on se dit en privé, ça limiterait pas mal les choses, surtout quand aime l'humour noir. Ça me rappelle cette caricature d'un terroriste qui s'était fait explosé et qui arrivait au paradis en se faisant dire: "Désolé, il n'y a plus de vierge". Bon, dans un certain contexte, ça peut être rigolo, mais je n'en rirait pas devant la mère ou la famille d'un de ces terroristes, ni devant celles de ceux qui ont perdu la vie dans l'explosion. D'une certaine façon, on peut en rire si on ne se sent pas directement impliqué et qu'on se permet assez de recul pour s'en dégager émotivement. Avec les médias sociaux, le problème c'est que la frontière entre le privé et le public est assez floue. Ce qu'on se dit dans un petit cercle d'amis peut facilement devenir viral et là, c'est la culpabilité, ce sont les excuses publiques, "Désolé si j'ai offensé un tel ou tel autre".

    L'idéal, ce serait d'avoir le courage de dire publiquement tout ce qu'on affirme en privé. Mais c'est somme toute assez rare.

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  6. Politiquement correct ou politiquement hypocrite. Censurer peut-être mais surtout contrôler ce qui se dit parfois sur les réseaux dits sociaux. Ou trop souvent les gens s'expriment sans prendre du recul.

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  7. Pierre, Henri,

    L'humoir et l'autodérision... j'adore. Faire gaffe aux lieux où l'on s'exprime, ça aussi c'est important. Sans user de la langue de bois, il faut savoir que nos propos peuvent se retrouver n'importe où.

    Grand-Langue

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  8. Je ne peux être que d'accord. Il faut laisser au gens la possibilité d'exprimer une opinion (car il n'est pas certain que ceux au pouvoir - au moment où on dit quelque chose - ont raison). L'humour noir ne fait pas de mal et peut même détendre des situations. Bien sûr, il faut agir avec discernement pour ne pas blesser ceux qui le sont déjà, mais en aucun cas il ne faut pas se taire quand on a quelque chose d'important à dire. Le jour où on n'a plus cette possibilité, c'est la dictature.

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  9. Grand Langue,

    Voilà un autre billet que je qualifierait de brillant. Il est riche. Et il résume tellement bien ce que tu es dans tes écrits. Il y a quelques jours à peine, le grand champion russe des échecs Garri Kasparov citait John F Kennedy: Si vous ne laissez pas les gens manifester pacifiquement, ils le feront violemment.

    Tu touches plusieurs facettes fort pertinentes qui me rejoignent tellement! La place de l'humour par exemple. L'humour est sain, utile voire même nécessaire dans certaines circonstances tragiques ou explosives. La liste des domaine où on la bannit de nos jours ne cessé de croire. On ne peut plus rire des femmes, des noirs, des handicapés, des vieux, des gros, des petits, des étrangers, des religions non chrétiennes, et que sais-je encore. Plusieurs monologues d'Yvon Deschamps ne pourraient être présenter dans leurs versions originales. Même la taquinerie devient vite suspecte.

    Paradoxalement, certains journalistes et commentateurs de certains grands réseaux tiennent des discours qui ont davantage l'allure de propagande que d'informations objectives.

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  10. HPY,

    À écouter les prêcheurs de la bonne parole, nous pourrions croire que l'on ne peut plus s'exprimer librement alors que la personne qui exprime clairement sa pensée, avec intelligence, sera bien considérée, respectée.


    Jackss,

    J'aime beaucoup cette citation de JFK, je ne la connaissais pas. Rien n'est plus triste que le spectacle offert par ces commentateurs lorsqu'ils simulent la tristesse, la compassion... surtout quand le rôle est mal joué.

    Grand-Langue

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  11. Bâillon versus liberté d’expression, c’est un sujet pour le moins complexe. Les tribunaux ne s’entendent pas toujours sur la primauté des droits fondamentaux inscrits dans les chartes des droits de la personne, par exemple le droit à la liberté de religion versus à la liberté d’expression.
    Il y a déjà des lois qui portent sur les propos haineux qui incitent aux crimes, est-il nécessaire d’en rajouter? C’est facile de faire taire les gens sous de faux prétextes.
    Il y aura toujours des gens qui manqueront de jugement. Tiens, j’aime bien l’humour noir, absurde ou sarcastique, je le pratique aussi, mais à mon avis, ça prend un peu de « jugeotte ». Tout ne se dit pas n’importe où, n’importe quand ou n’importe comment. Mais comme vous le dites, ce n’est pas parce qu’il y a des imbéciles qu’il faut museler toute une population.
    Pour ce qui est du « langage prédéfini et de mots triés », je n’ai pas entendu parler de cette histoire, je présume que c’est un humoriste affectionnant l’humour absurde qui s’est exprimé. C’est très drôle, il me vient déjà plein de mots et d’expressions en tête. Mais ce n’est pas très innovateur, il y a déjà le langage « politically correct » et la langue de bois. Ce sont les politiciens qui vont être contents. J’espère que je peux en rire sans être sanctionnée.
    Ce nouveau langage s’appliquerait-il uniquement aux gens qui manquent de vocabulaire ou de jugement? Alors là, on n’est pas sorti de l’auberge.
    Le rire est une thérapie. Alors, compte tenu du piètre état de notre système de santé, de grâce monsieur le législateur, ne nous enlevez pas notre pilule quotidienne d’humour.
    Je me fais un devoir de rire tous les jours de moi-même et de l’humanité entière.

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  12. Caboche,

    Il ne s'agissait pas d'humoristes, quoi que... Il s'agissait d'animateurs radio qui suggéraient de ne plus mentionner la religion des victimes, la couleur de la peau, lé'âge des victimes ou des agresseurs, le milieu social. Ils voulaient inventer des termes pour que seuls les "adultent" comprennent de quoi il s'agissiat. Déjà on ne mentionne pas le mot "suicide" lorsque les lignes de métro s'immobilisent sans raison... la liste est longue.

    C'est une forme encore plus tordue de rectitude politique, même si je d'avis que la "rectitude politique" devrait être autre chose (rire).

    Grand-Langue

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  13. j'ai adoré ton texte et ceci en particulier : rire n'empêche pas de prendre la vie au sérieux

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  14. "Laisser un imbécile, même extrémiste, parler en public est moins dangereux que de museler une population, même de façon partielle." Grand-langue, vous n'auriez pu mieux résumer mon propre point de vue !

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  15. Tarzandany,

    On oublie qu'à travers le rire, même la tristesse peut être exprimée sauf que le baume est à même l'expression.


    Polina,

    S'il fallait museler tous les imbéciles, peut-être m'interdirait-on Internet! C'est ça le moins drôle (rire).


    Grand-Langue

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    1. J'aime cet à propos rehaussé d'humour :).

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  16. Nous vivons dans un monde d'assistés et de pleutres. Il faudrait écouter moins les médias et ne pas attendre tout de l'Etat. Pourquoi les immigrés font-ils si peur? Alors que j'étais toute jeune, j'ai vécu en Afrique et là, j'ai appris à respecter l'autre, mais cela ne veut pas dire se courber devant lui. Pourquoi appeler un aveugle 'non-voyant" ; son handicap restera le même et il ne vivra pas mieux. Pourquoi appeler un balayeur 'technicien de surface"? il ne sera pas mieux payé ni mieux considéré. Il n'y a pas de honte à être balayeur. Chacun peut avoir sa place dans la société selon ses capacités et vivre honnêtement.
    On caresse le gentil petit citoyen-toutou, on lui donne sa gamelle et en même temps on l'intimide
    Pourquoi vouloir égaliser l'individu, censurer les mots, empêcher le rire, et pourquoi pas l'auto-dérision.? Ne dit-on pas que le rire est le propre de l'homme.
    Vaste sujet!

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  17. C'est à chacun de nous de rester naturel, d'en rire. Que faire d'autre?

    Grand-Langue

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  18. Enlevons le pouvoir au média et laissons les gens se faire une image de la réalité.

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  19. Dès que nous lisons un journal, regardons la télé, écoutons la radio ou allons sur Internet, nous octroyons un certain pouvoir aux médias. Le citoyen peut exiger une certaine qualité de l'infornation en faisant savoir qu'il possède un esprit critique, qu'il n'avale pas tout sans poser de questions. Volà quel peut être notre rôle dans l'affaire.

    Je pense par exemple à toutes ces "lignes ouvertes" qui alimentent les radios, où n'importe qui commente ce que l'un a dit, ce que l'autre pense de ce que le précédent auditeur a dit, même chose pour les réseaux dits sociaux. Ça n'avance à rien, il faut écouter ceux et celles qui sont au coeur de l'affaire, ceux qui savent de quoi il en retourne.

    Sur ces médias on n'entend que des opinions de gens qui sont très loin de la réalité et bien souvent nous sommes très très loin de ce qui s'est passé réellement.

    Grand-Langue

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  20. Malgré toute notre bonne volonté, il est devenu très difficile avec la multiplicité des sources d'information de se faire une tête sur un sujet qui nous interpelle, pour ensuite faire le tri des informations et mieux l'analyser (pour soi-même!...). Si je n'écoute pas les « lignes ouvertes » quand je tombe dessus, je ne les fuis pas non plus, parce qu'on saisit ainsi une partie du pouls de la population. C'est comme sur les réseaux sociaux, je vois tant de choses défiler que ça m'aide à comprendre des aspects différents d'une même question. Ensuite, je peux me faire une opinion et en général, je m'aperçois que je suis marginale, c'est dans mon code barre!!!

    Dans mon travail ces dernières années, par deux fois, j'ai travaillé aux stratégies de communications et relations de presse lors de deux campagnes électorales dans ma région... Tout ce que j'ai appris là m'a démontré qu'au fond, je ne savais pas grand chose malgré ma volonté de m'informer et que rien n'est plus volatile et imprévisible que l'opinion publique, surtout en campagne électorale. Et ça se manipule, l'opinion publique, j'en avais été écoeurée de mon métier...

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  21. Si on s'intéresse à un sujet et que l'on désire en connaître plus, les lignes ouvertes sont à proscrire, à moins qu'un invité bien informé soit au programme. L'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours n'a pas vu l'ours. L'opinion des autres n'a rien à voir avec les faits.

    Si on s'intéresse aux sondages, à l'opinion publique, c'est différent. Et encore, faut faire gaffe, ce sont les mêmes individus qui participent aux diverses lignes ouvertes. Ces émissions peuvent être utiles pour passer un message, pour charmer. Mais enfin, ce n'est pas de l'information, bien souvent il s’agit de désinformation.

    On peut échanger sur tout et sur rien, comme on le fait ici et ailleurs mais pour acquérir des connaissances, faut choisir ses lectures, s'intéresser aux faits, approcher les gens informés ou impliqués.

    Pourquoi dites-vous que malgré votre désir de vous informer, vous ne saviez pas grand chose? Vous ne saviez pas quoi? Des choses sur la réalité ou sur les intérêts électoraux?

    La politique est une affaire d'images et de propos enquiquineurs. Nous savons tous cela, nous ne sommes pas dupes mais nous adorons être courtisés. On aime se faire dire qu'on est riche, beau et intelligent même si on est endetté, pas particulièrement beau et un peu niais (rire). Devant le chant des sirènes, nous restons bouche bée.

    Grand-Langue

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  22. Je ne savais pas grand chose... Je voulais dire que ce qui paraît aux yeux de la population n'est souvent qu'un pâle reflet de ce qui est dans la réalité. Comme vous le dites, la politique est affaire d'images et tout est si savamment orchestré par des équipes stratégiques qu'on se demande s'il y a du contenu dans le contenant et ce, tous partis confondus.

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  23. J'ai la conviction que vous connaissez la réalité, les besoins, les espérances légitimes mais que... la "réalité politique" est fort différente.

    Les quelques personnages que j'ai pu connaître sur le plan personnel et qui se sont impliqués en politique n'avaient rien en commun avec les personnages politiques qu'ils sont devenus. le dernier en liste est Pierre Curzi. Je suis heureux de ne pas avoir participé à leur élection. Dans certains cas, j'en suis venu à détester ces gens.

    Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de "jouer le jeu" pour être élu mais pour rester au pouvoir, à moins qu'il s'agisse de gens exceptionnels, c'est quasiment impossible de ne pas tomber dans le jeu des médias, de ne pas être solidaire d'un collègue qui triche ou qui ment, de ne pas suivre la ligne du parti ou les ordres du chef, de ne pas projeter une image correspondant aux intérêts du parti, d'approuver une idée venant de l'opposition, d'écarter un mauvais citoyen corporatif qui favorise financièrement le parti, etc.

    Sachant cela, rien ne m'étonne, je suis souvent déçu mais rarement surpris. Je ne me gêne surtout pas pour critiquer le parti ou le gouvernement pour lequel j'aurais pu voter.

    Grand-Langue

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  24. Je ne connais pas la situation que vous vivez au Canada à ce propos (humour-liberté-politiquement correct, etc.) mais en France nous vivons actuellement une sorte de salade caricaturale de tout ce qui se fait de pire et de pathétique.
    Des hordes de réactionnaires défilent dans les rues de Paris contre le mariage pour tous, contre une soit-disant théorie des genres soit-disant inculquée à nos enfants dans les écoles (il serait question d'apprendre aux petits de 8 ans à se masturber et autres sornettes).
    Dieudonné, qui fut jadis un excellent comédien et un humoriste hilarant, se met à lancer des imprécations contre les vieux démons responsables depuis toujours des malheurs du monde : les juifs. Et même s'il a du talent, et s'il a des supporteurs, ça pue.
    La droite tape sur Hollande au dessous de la ceinture (personnellement, sa vie privée, je m'en talque !)
    La gauche recule devant les assauts et se droitifie.
    Et puis... il pleut depuis 1 mois ! ;-)
    C'est là qu'on a besoin de conserver un sens de l'humour bien trempé. Et même s'il est noir... je ne suis pas raciste !

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  25. La situation au Canada? Je ne saurais résumer la chose. Le Canada est d'avantage un immense territoire qu'un pays. Il n'y a pas qu'une nation et sous plusieurs égards elles n'ont rien en commun.

    J'ai tout de même l'impression que la France vit ce que plusieurs pays vivent, c'est dans l'air. Au Canada, la droite n'est jamais loin, juste au sud et depuis quelques années un dénommé Harper est premier ministre, nous avons donc une droite religieuse. Le Canada est temporairement plus à droite que les États-Unis. Depuis quelques temps, nous sommes aussi devenus les meilleurs amis d'Israël. Notez qu'au Canada, c'est assez naturel.

    Nous sommes de droite mais nous sommes aussi surpris de cette France traditionnelle qui proteste contre le mariage gay. En quoi le mariage des autres peut-il déranger quelqu'un, nous ne comprenons pas ça. Quant aux frasques de votre président, c'est un peu... malhabile mais très drôle, sans plus. Vu de loin, Hollande m'a tout de même l'air un peu pathétique, voilà qui est plus grave. Ici, personne n'arrive à le prendre au sérieux.

    Les gens sont ironiques face aux politiciens mais avouons que plusieurs d'entre eux n'aident pas leur cause!

    Dieudonné? Ça ressemble à un dérapage non contrôlé. Je l'imagine au milieu d'une tempête qu'il aurait lui-même engendré. Peut-être est-ce que je le connaissais mal.

    Grand-Langue

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  26. Je crois en la liberté d'expression et respecte les personnes qui ne partagent pas mon opinion. Mais lorsqu'il y a diffamation, ne faut-il pas intervenir?

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  27. Delphine,

    S'il y a diffamation, il faut intervenir et poursuivre en justice. On ne peut simplement censurer et en rester là. Certaines personnes blessées par des propos ont tendance à se plaindre de diffamation, de racisme, de discrimination etc, il faut prouver la chose en justice, en se basant sur des lois. Ça devrait se passer ainsi nos sociétés dites de droit.

    Bâilloner sans motif légal n'est guère mieux que la diffamation. L'histoire regorge d'exemples où l'on a fait taire les gens par la force, par la peur ou par le biais de règles improvisées.

    Grand-Langue

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  28. Juste pour vous dire un petit bonjour en ce samedi matin de printemps... Je passe souvent pour voir si vous vous portez bien... Ce qui vous anime...

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  29. Bonjour Grand Langue, désolé pour le long commentaire qui va suivre, en deux étapes.

    En France, le terrain de l'humour me semble être devenu glissant ; il y a une sorte d'insinuation au quotidien, de concepts qu'il ne faut pas aborder sous peine de sortir d'une sorte de cadre moral qui ne dit pas son nom, et c'est d'autant plus insidieux que c'est instillé de manière indirecte.
    La volonté de modifier des éléments de langage y a sa part de responsabilité. Jackie l'aborde dans son commentaire : "technicien de surface" pour balayeur, où je pourrais rajouter à ses exemples, "personne non-voyante" pour aveugle, "personne de petite taille" pour nain, et bien d'autres. On finit par, justement, pointer du doigt la différence en voulant la cacher. La différence, maladie honteuse d'une volonté déraisonnable d'égalité sublimée ?
    A croire qu'il faut restreindre le cercle des sujets humoristiques. A ce train, on finit par se sentir un peu obligé de ne rire que de ce qui est politiquement correct, ce qui promet un ennui profond et un manque de recul, digne d'une forme légère de contrôle de la pensée sur des sujets importants.

    Toujours sur le principe de formater l'esprit à travers le contrôle du langage, Devant un DRH (en France) : ne pas parler négativement, c'est-à-dire ne pas employer de formule avec une négation parlant de votre parcours professionnel, ça peut vous coûter la place que vous convoitez. Certains mots seront à proscrire, parce que cela refléterait, toujours, une indéfectible tendance à la négativité : si vous parlez d'une période de chômage, ne vous présentez pas comme un chômeur, malheur ! Vous êtes chercheur d'emploi. Rester méga-positif, même si vous avez foutu le feu dans votre dernière entreprise. Pour les plus motivés, essayer d'atteindre un état ultra-positif (mais dans un excès de zèle, ne pas se vanter d'être séropositif, ce dernier point recale d'office l'accès à tout poste). Toujours dans le contexte d'une entreprise, les traits d'esprit critiques n'y ont pas leur place avec la hiérarchie. Dès fois que vous manieriez une ironie contestataire... Verboten !

    La moralisation dévie sur les concepts. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais il faut faire gaffe si on veut faire de l'humour à propos d'un Juif. Ou d'un Noir. Ou d'un Arabe. On a vite fait de vous traiter de raciste/antisémite, sans chercher à savoir si vos propos sont humoristiques ou non, car là est tout le problème de l'humour : il est bon de connaître les intentions de celui qui le manie, mais j'ai parfois l'impression que certains se laissent aller au réflexe pavlovien de la propreté morale instillée, qui pue, selon les cas, l'idéologie idiote ou la victimisation outrancière. Il faut avouer également, qu'en ces temps de montée des nationalismes en Europe, il y a un racisme réel et nauséeux qui se diffuse assez librement. Ca peut brouiller la lecture de propos purement humoristiques.
    Quant aux religions, si on peut continuer à fouetter satiriquement Jésus sans risquer d'avoir une fatwa sur le coin de la hure, tout au plus aura-t-on droit au mépris ouvert des plus fanatiques incapables d'auto-dérision. Pour ce qui est du Prophète, houlà... Verboten.

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  30. [2]

    Pendant ce temps-là, cette approche particulière sur les mots qui en remplacent d'autres pour être toujours plus propres, plus polis, est sacrément hypocrite au final : on "dégraisse" pour parler d'un licenciement massif (genre, ça rapporte plus de bénéfices de se séparer de branches industrielles que de les conserver même si elles sont rentables), on s'adonne à des "frappes chirurgicales" pour anesthésier l'opinion publique, où la population dort mieux la nuit quand il n'en résulte que des "victimes collatérales" ; la guerre est enfin devenue propre dans nos sociétés qui se soucient de communication. Pour peu qu'elle soit menée par "l'axe du Bien", alors dieu est avec nous. J'en ouvrirais presque une bouteille de whisky pour fêter ça, tiens.

    Si je dois comparer avec mes souvenirs de la diversité de l'humour dans les années fin 1970, je dirais qu'actuellement, on subit une chape de moralisation limite oppressante, avec tout ce que cela peut comporter d'obscurantisme. La parole n'est plus libre comme elle devrait l'être. Voici un lien qui résume bien des choses : http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/01/23/l-humour-a-la-limite_4353341_3246.html
    En France, j'aurais tendance à observer une certaine moralisation outrancière de la gauche sur certains sujets de société, et une restriction morale provenant de la droite.

    On n'est pas aidés...


    Petite digression. Vous vous étonniez des réactions en France face au mariage homosexuel dans l'un de vos commentaires, en réponse à Chou. Et bien, moi aussi, j'ai été soufflé. J'ai appris à connaître mon pays également. Que les rétrogrades catholiques existent, grand bien leur en fasse, ça fait un sujet qui prête à l'humour. Mais la haine virulente qui en a suinté aussi longtemps (et qui continue) m'a réellement cueilli. Je pensais habiter dans un pays moins archaïque. La France, toute laïque qu'elle soit constitutionnellement parlant, reste encore un bastion catholique fervent.
    Il y avait déjà eu des choses pas très propres vers 1999 je crois, lorsque le PACS allait être voté (union civile entre personnes de même sexe, mais pouvant aussi être appliquée à un couple homme/femme). On avait eu le même déferlement de débiles scandant des propos homophobes sans ambigüité (http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/10-ans-apres-le-triomphe-du-Pacs-80976), avec toujours cette grande intellectuelle raffinée à la tête de ces bas de plafond, j'ai nommé la grande, la majestueuse, l'inénarrable Christine Boutin, qui place, je la cite pendant les événements de la manifestation pour tous, "une loi morale supérieure à la loi de la République" (personne n'a réussi à lui faire comprendre que l'Inquisition médiévale était un anachronisme).
    Bref, en France, il y a encore des survivants du Moyen-Age qui ne supportent pas l'idée que le mariage (religieux par essence, donc intouchable car sacré par dieu himself) puisse être dévoyé. A ceci près, que le mariage civil n'a rien à voir avec le mariage religieux... Les catholiques français devraient mettre un copyright sur le mot "mariage", propriété exclusive du grand barbu apparemment. On en revient toujours à cette guerre des mots, les concepts qu'ils cachent derrière et... le périmètre d'autorisation/interdiction d'en rire.

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  31. Personne,

    En ce qui concerne le langage "restreint" employé en France, nous vivons la même chose et la situation est la même aux USA. J'aime bien ce que vous écrivez au sujet du mariage homosexuel.

    Ici, peu de gens se marient religieusement. Peut-être est-ce la raison pour laquelle personne ne s'offusque du mariage gay.

    La France n'est pas homophobe, elle l'est moins qu'ailleurs je crois. Ce sont les catholiques, pourtant non pratiquants qui déambulent dans les rues, comme si le mariage leur appartenait, vous le dites si bien. Difficile de comprendre cela.

    Grand-Langue

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