16 août 2019

Retenez-la!



Retenez-vous la porte derrière vous? pour aider ceux et celles qui suivent? Soyez honnête. Si vous répondez par la négative, je croirai qu’on vous a mal élevé, mais nous resterons amis.

À l’entrée principale de mon supermarché, il faut franchir une petite barrière qu’on fait basculer avec son charriot ou simplement avec la main.  Un système de ressorts la repositionne derrière soi. Si on vous suit, c’est sur cette personne qu’elle rebondit. C’est le seul hic.

Ce matin, d’un pas vif et léger, j’allais franchir le petit obstacle constitué d’une barre horizontale pivotante quand je l’ai reçue directement dans les bijoux de famille! La dame qui me précédait et qui n’avait pas retenu la barre derrière elle a feint de ne rien voir. Le retour de la barre se fait habituellement en douceur, mais ce matin tous les « éléments » se trouvaient au mauvais endroit, il y eut « collision ». J’ai cessé de respirer pendant un instant et j’ai poursuivi ma marche… à petits pas. J’ai pensé me rendre à l’étal des poissons pour demander de la glace, mais ayant imaginé la scène, j’ai préféré souffrir en silence et reprendre mon souffle.

Quelques minutes plus tard, j’ai repéré cette femme qui n’avait pas retenu la barre. La vengeance est douce au cœur de l’Indien, mais, elle mauvaise conseillère. J’ai donc laissé tomber, en serrant les dents. À quoi bon.

Bien des gens ne retiennent pas la porte derrière eux. L’hiver dernier, ma mère est tombée sur le trottoir glacé en tentant d’ouvrir la porte d’une station de métro. La personne qui la précédait n’avait pas cru bon de retenir cette lourde porte pivotante au profit d’une femme de 86 ans. Le vent aidant, elle fut projetée au sol. Des étudiants qui étaient là lui ont porté secours. Tout n’est pas perdu.

Au travail, nous avions un président, un grand gaillard très mince qui s’amusait à se glisser dans la porte gardée entrouverte par celui qui le précédait, mais lui ne retenait JAMAIS la porte. C'est comme s'il avait fait un profit en jouissant de l'effort de la personne qui le précédait et en économisant un autre effort qui aurait pu servir au suivant. Il n'en fallait pas plus pour qu’une mauvaise réputation lui colle au dos. Ces petits gestes parlent beaucoup.

Les jeunes ne sont pas à blâmer, pas plus que les « adultes » du moins. Il y a des gens qui font attention, d’autres pas, le rang social, la richesse, l’âge ne semblent rien y changer. Néanmoins, les femmes retiennent moins souvent les portes que les hommes ne le font. Quand je me retrouve dans un endroit propice, j’observe toujours cela. C’est souvent avec un total désintéressement qu’on laisse la porte se refermer au nez de celui ou de celle qui suit, et il peut s'agir d'un(e) collègue!

Pourtant, retenir la porte à la personne qui suit constitue la meilleure excuse pour regarder cette personne dans les yeux, la saluer, sourire.

Je ne saurais dire si le même comportement se constate en Europe. Vous me le direz.

GL

31 juillet 2019

Après les puces intelligentes, les punaises cultivées!


Je n’avais pas mis les pieds à cette bibliothèque depuis plus d'un un an. La BANQ(1) est un endroit que j'adore. L’institution satisfait les esprits les plus avides. En plus des collections, il y a les expos, les conférences, mais la plupart du temps, après avoir fureté, j’y lis mon propre livre que je trimbale dans ma besace car l’endroit est confortable et convivial, c’est lumineux et garni d'essences de bois d’ici. 7000 personnes s’y rendent quotidiennement, chacun a sa raison.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que les fauteuils de lecture avaient disparu, sur tous les étages! Ils se comptaient par centaines! On les a remplacés par des chaises! Qui veut lire sur une chaise droite, sans table? Il y a les postes de travail, mais c’est prévu pour les ordinateurs, les étudiants.

Cela m’a troublé. J’ai posé mon séant pour lire un peu, mais j’étais si inconfortable qu’après deux pages je suis parti. J’étais frustré, autant me rendre dans un café! Sachez que lorsque je suis fâché, plutôt que de chercher à comprendre et à poser des questions à un(e) employé(e), j’ai tendance à soupçonner la manigance. Sans être obsédé par les complots, je redoute certains humains.

Depuis l’ouverture de l’édifice, l’imposant service de sécurité veille à ce que les sans-abris, nombreux dans le secteur, ne viennent y dormir ou embêter les autres. Puisqu’on ne peut restreindre l’accès à quiconque (les SDF ont droit à la culture eux aussi), les malheureux venaient, livre en main, se prélasser dans les fauteuils tout confort. Je me suis dit : la direction a trouvé un truc pour les dissuader de venir : ils ont retiré le mobilier trop douillet, c'est fou, autant barrer les portes!

J’étais dans le champ, encore une fois! Les fauteuils furent retirés à cause d’une invasion de punaises, des punaises de lits. Faute de lits, elles se sont installées dans des fauteuils et j’apprends qu’elles aiment séjourner dans les livres! L’endroit constitue donc un sanctuaire pour elles. Dans l’esprit de certains, les itinérants représenteraient un ticket d’entrée pour le paradis. C'est idiot de penser cela car le problème est généralisé.

Que faire? On ne peut tout de même pas lire debout! Mis à part ma fille qui lit debout et en marchant, personne ne fait ça. La situation serait semblable dans les salles d’attente, dans les cinémas, dans les bus, dans le métro… On me dit que des équipes d’exterminateurs sont à l’œuvre sur une base régulière, qu’on désinfecte et nettoie les wagons de métro et les bus régulièrement. Il y aurait aussi de telles bestioles dans de nombreux appartements. Ces petites bêtes avaient disparu dans les années ’40, mais seraient réapparues vers 1990. J’écris ces mots de chez moi, debout, car je me suis débarrassé de mes meubles (non, c’est une blague).

Reste que je vais souvent au cinéma et que j’y songerai avant de choisir ma place. Quel est le siège le plus sûr? Devrais-je vaporiser mon siège avec quelque chose? Dans le métro, je resterai debout, c’est clair!

Soudainement la vie se complique. Je n’aurais pas dû aller à la bibliothèque.

GL

(1) Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

17 juillet 2019

La Lune




Le 50ème anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la Lune fait couler de l’encre. Certains textes paraissent candides. On voudrait se choquer du fait que les missions spatiales étaient politiques, qu’on aurait été sur la Lune pour les mauvaises raisons, pour « battre » les Russes.

On aurait « découvert » l’Amérique en cherchant un raccourci vers l’Inde (sic), pour des raisons mercantiles. Ensuite, le nouveau continent attirait les Européens en quête d’or, de bois ou de terre ferme. Tout ce que l’on entreprend est par intérêt.

Juger l’Homme et son histoire à partir de sentiments purs et nobles est rigolo. L’altruisme et l’abnégation existent bel et bien, mais pour rassembler des ressources, des cerveaux et des fonds afin de réaliser de grands projets il faut offrir une contrepartie, des avantages concrets.

L’exploration spatiale en n’est qu’à ses débuts. Cette quête s’activera. Les Chinois relancent la course. Mais que font-ils sur la face cachée ceux-là ? Si les Chinois établissent une colonie et plantent leurs drapeaux partout, nos astronautes qui se rendront sur la Lune seront-t-ils des immigrants, des réfugiés?

Fondamentalement, nous irons sur la Lune parce qu’elle existe.

GL

Note: La dernière image est l'oeuvre de l'astronaute Alan Bean qui saupoudrait ses tableaux de poussière lunaire.