24 juin 2020

Avis aux lecteurs...




Déconfinement oblige, nos centres commerciaux souhaitent reprendre leurs négoces tout en maintenant des mesures de distanciation.


Dans un centre près de chez moi, des affiches stipulent qu’on ne peut s’attarder sur les bancs publics, qu’on ne peut s’y asseoir et lire, la lecture étant considérée comme une forme de flânerie.


Ironique, j’ai demandé à un agent de sécurité si je pouvais lire debout, il m’a répondu :


« Oui, à la condition de marcher en même temps. »



Il plaisantait, mais l’image était trop drôle. On a tout fait pour encourager la lecture et voilà qu’on associe cette dernière à une forme d'errance! Je n'ai pu résister, j'ai pris quelques clichés. je me suis dit qu'on ne me croirait pas.


Que dire de cette manie d'acheter, de consommer démesurément!

30 mai 2020

Grand-Langue au Far West

En 1992, je suis allé à Los Angeles pour assister à un séminaire technologique en lien avec mon boulot. Los Angeles, c’est une multitude d’agglomérations, ce n’est pas une ville, c’est une région.

La première journée se déroula normalement, mais en soirée, tout a basculé. Je logeais dans un hôtel luxueux jouxtant Watts, un lieu où de grandes émeutes raciales eurent lieu en 1965, émeutes engendrées par la violence policière.

Un jury venait d’acquitter des policiers ayant battu sans retenue (sic), un dénommé Rodney King. Quelqu’un avait filmé la scène. Le jury se disait incapable de distinguer chaque policier sur la pellicule. En conséquence, on acquitta les suspects.

Du coup, les noirs mirent le feu, pillèrent et vandalisèrent les commerces. Dans ce quartier, les commerçants étaient d’origine coréenne. Puisque la police ne pouvait les protéger, ils prirent leurs armes pour défendre leurs commerces. Installés sur les toits ils tiraient à vue.

J’étais au Far West! Un couvre-feu fut décrété, on nous confina à l’hôtel. La garde nationale protégeait l’établissement. Mon collègue et moi jouissions d’une confortable suite constituée de deux chambres, deux salles de bains, d’une cuisine moderne et bien équipée, d’un salon avec écran géant, d’un foyer avec bois de chauffage (à Los Angeles!). L’hôtel fournissait la boisson, les amuse-gueules, les repas, les divertissements, etc. Cela dura une semaine. Du bord de la piscine, nous entendions les coups de feu et pouvions voir la fumée des édifices qui brulaient tout autour.

C’était surréel. Confiné dans un lieu qui contrastait avec tout, les gens jasaient, non pas de la révolte, mais du dernier match de football et écoutaient l’orchestre embauché pour nous divertir. À 100 mètres de là, des gens se tiraient dessus, les plus pauvres de notre société pillaient pour survivre tout en se faisant tirer dessus sans que la police ou les militaires n’interviennent. Dès qu’un bulletin d’information montrait ce qui se passait de l’autre côté de la rue, les gens changeaient de station pour du sport ou du showbizness.

J’ai compris que vivre au milieu de ces contrastes était le lot des Américains. Si ces gens souhaitaient une meilleure vie, ils n’avaient qu’à travailler ». C’est ce qu’on se dit chez l’Oncle Sam et l’actuel président incarne cette pensée (même s’il n’a jamais travaillé lui-même).

Chaque décade comporte ses manifestations, car le racisme est enraciné. On dit que les choses doivent changer, ça ne changera pas. Aujourd’hui, dans de nombreuses villes, le COVID-19 et les manifestations raciales sanglantes fusionnent. Il y a des mélanges qu’il faut éviter. Devinez qui en paiera le prix?

Quelle leçon en tirer? Je ne me veux pas moralisateur. N’empêche, je ne m’habitue pas à cela. Les inégalités extrêmes entrainent la violence et la violence entraine encore plus de violence. Il n’y a pas de « bons » ou de « méchants », mais il y a des gens qui ont tout et d’autres qui n’ont rien, la bouchée ne passe pas.

9 mai 2020

Angoisses

Dernièrement, on a hérité de temps libre, nous avions quelques contraintes bien sûr,  mais le temps était à notre disposition. Nous n’avions plus d’horaires ni dates butoirs ni échéanciers.

N’avons-nous pas toujours rêvé à cela? C’était un fantasme, quelque chose d’inimaginable. Soudainement, en pleine réalité, mais comme dans une fiction, le sort a fait que nous avons tous hérité d’une banque de temps fort bien garnie.

Les premiers jours furent extraordinaires! La semaine ne comportait que des dimanches. Mais allez savoir pourquoi, quelque chose a ensuite changé.

Par la suite, qu’a-t-on fait de tout ce temps? On a angoissé! On avait tellement de temps à perdre qu’on s’est perdu soi-même. Je ne suis pas dans le « on », vous non plus peut-être, mais, plusieurs s’habillaient en mou, tournaient en rond, mangeaient mal et dormaient peu. On allait de la cuisine au salon, de la télé au frigo.

À quoi rêvait-on ? À ce que tout redevienne comme avant!


Le meilleur est peut-être à venir…