4 décembre 2019

À l'Aube


Mes nuits sont plutôt brèves, assez bonnes, mais courtes. Ainsi, quand je me couche tôt, je m’éveille tôt, avant l’aube. J’écoute alors la radio. La voix calme et posée de l’animateur nocturne devrait calmer mon angoisse matinale, assurer une présence alors que tout est paisible.

Entendre une voix posée c’est bien, pourvu qu’on n’écoute pas ce qui se dit. Arrive le moment où la voix dans la nuit résume les nouvelles, lit les manchettes, parle de ce qui fut glané sur le WEB.

À cette heure pré matinale, s’il y a une chose qu’il  vaut mieux ne pas entendre, ce sont les nouvelles. J’aurai toute la journée pour apprendre ce qu’il y a de nouveau sur le plan social, politique, économique ou criminel. Ce qu’on verbalise sur les ondes en croyant informer les gens est si déprimant que je ferme parfois la radio.

Dans ma maison, dans mon quartier, dans ma ville, tout est engourdi, tout semble recouvert d’une grosse douillette chaude mais chez moi, sous ma couette, mes yeux sont grand ouverts. J’aimerais bien parler à quelqu’un qui aurait aussi les yeux ouverts. Il n’y a que le monologue de la radio.

Aujourd’hui j’ai agi, je me suis levé. Il était 4:00 h. Le temps était doux, -5°, pas de vent, peu de neige. J’ai arpenté le quartier pendant une heure et constaté que dans certaines chaumières il y avait de la lumière. Cela a augmenté mon niveau de bonheur : je ne suis pas seul à ne plus dormir. Quelque peu rassuré, je suis revenu à la maison pour casser la croûte. La chaleur du foyer est agréable et je me suis installé dans mon fauteuil.

Deux heures plus tard, je me suis éveillé en sursaut, j’ai sauté dans mes bottes.

J’étais en retard!

9 novembre 2019

Le temps, cette denrée rare...


J’écris quelques lignes, car en ce moment c’est tranquille. C’est la nuit. Je bosse énormément ces jours-ci. C’est comme ça à chaque fin d’année. Plusieurs d’entre vous sont retraités, vous me comprendrez, car les retraités aussi sont occupés.

J’ai de nombreux voisins qui sont à la retraite. Dès qu’ils ont cessé de travailler, ils se sont équipés d'un agenda. Comme moi, les retraités manquent de temps. Ils remplissent leur agenda de rendez-vous, de trucs à faire, de choses à acheter, etc. Ce doit être épuisant la retraite. Je n’ai pas hâte d’y arriver.

On m’a déjà suggéré de remplacer le mot « temps » par le mot « vie ». Ça donne ça :

Je n’ai plus de temps = Je n’ai plus de vie.
Le temps passe vite = La vie passe vite.
J’ai perdu mon temps = J’ai perdu ma vie.

Vous saisissez? Bien sûr que oui.

Je manque tellement de temps que je n’ai pas pu ramasser les feuilles sur mon terrain. Ce dernier est maintenant recouvert d'une mince couche de neige. J’aurais pu demander à mes voisins de le faire pour moi, mais ils sont trop occupés! Un retraité ça ne travaille pas, mais c’est toujours occupé! Avec un peu de chance et grâce au réchauffement climatique, cette neige fondra peut-être et je pourrai ramasser mes feuilles avant les grands froids. Sinon, j'attendrai au mois d'avril.

Alors demain, samedi, je me lèverai tôt, je remiserai le boyau d’arrosage, recouvrirai la balançoire d'une toile, enlèverai le support à vélo de la voiture, sortirai les pelles à neige, entrerai un peu de bois, installerai mes pneus à neige… la liste est longue, je ne pourrai donc pas vous écrire. Voilà pourquoi je suis à l’ordi cette nuit, c’est paisible, la neige absorbe les sons.

Ce que j’écris n’est pas très intéressant, je voulais vous dire que suis toujours là. Je passe chez vous en catimini sans nécessairement laisser de message, mais c’est temporaire.

A+

15 septembre 2019

Le Grand Dérèglement


Les gens (c’est nous ça) aiment se regrouper pour soutenir une cause ou régler un problème. Si toutefois la situation devient dramatique, la tension grimpe, nous angoissons, favorisons des positions radicales, adoptons trop vite des solutions douteuses. Chacun renchéri avec des arguments plus percutants qu’intelligents. C’est le chaos.

Pause.

On s’arrête pour respirer, la tension redescend et le cerveau revient à sa fonction première : la réflexion. Dans la tempête, il faut rester calme.

Partout, on entend la même chose : le climat se détériore à vive allure. L’Homo Sapiens (c’est encore nous ça) pourrait disparaitre. Cette perspective déplaît, l’inquiétude dérègle nos neurones.

Anxieux, l’homme panique, il tremble, il faut repérer l’ennemi, l’anéantir. De sa fenêtre il aperçoit son voisin qui a laissé le moteur de sa bagnole tourner pendant qu’il fait monter les enfants. Troublé et en sueur, l’homme sort de chez lui et engueule son voisin, l’accuse de vouloir exterminer l’humanité avec ses GES. Le voisin ne comprend rien, sinon que le fou d’en face traverse la rue, l’arme au poing. Pressentant des conséquences désagréables, il panique à son tour et pour protéger les siens, il fonce avec sa voiture sur le fou armé… le sang gicle, les enfants pleurent.

Voilà un exemple de ce qu’est le grand dérèglement. C’est ce qui vous guette si vous ne prenez pas de pause. J’écris ça, mais faut pas croire tout ce que j’écris, cette scène pourrait se dérouler sur une autre rue que la vôtre.

Jour après jour, j’entends ou je lis des scénarios catastrophes ayant toutes les chances de se produire si on ne fait rien, et c’est justement ce qu’on fait : RIEN. Si je me fie aux scientifiques, ce n’est pas en recyclant mes boites de conserve que le problème s'estompera. Si vous pensez que la fin du monde approche saurez-vous trouver le sommeil?

Au moment d’aller au lit, comment s’endormir et penser à ce qu’on mangera au petit déjeuner alors que les océans auront peut-être englouti votre quartier pendant la nuit?

Pire encore, nos oiseaux de malheur (toujours ces scientifiques) affirment que la réalité est pire que le pire qui était prévu! Bref, c’est pire que pire! Les  mesures adoptées à ce jour n’auraient servi qu’à calmer, nous déculpabiliser.

Il faudrait donc agir radicalement, rapidement, revoir notre système économique basé sur la croissance, diminuer substantiellement les GES, contrôler les naissances, etc. À voix basse j’ajouterai avoir eu vent qu’un certain terrorisme écologique s’organise. Les amis, ça va maaaal.

Ce sujet rend nerveux, c’est stressant. Ne sentez-vous pas le feu qui couve? Prenons tout de même une pause, assez longue pour réfléchir, agir et mieux dormir.

D’un autre côté, nos scientifiques disent peut-être n’importe quoi. Le pape est allé en Amérique latine pour dire qu’il ne faut pas « empêcher » la famille. Et puis, je viens de m’acheter un VUS, j’ai un voyage en motoneige de prévu cet hiver ainsi qu’une croisière dans les Antilles (avions inclus). S’il faut transformer notre système économique, ça ne doit pas affecter mon style de vie, mes économies ou mon fonds de retraite. J’ai une vie à vivre moi.

Pour me rassurer, j’aime croire que tout cela n’est peut-être qu’un canular. Je connais un type qui qualifie la chose de « fake news », il peut avoir raison, car c’est un homme important. Ainsi, si vous ne croyez pas nos savants, vous dormirez d’un profond sommeil, sauf que… je ne sais pas si vous vous réveillerez!