11 avril 2016

L'Homme et ses Potins

Est-ce malvenu d’écrire que la disparition de Jean Lapierre des ondes ne me manque pas? On le sait, l’homme est mort dans des circonstances tragiques particulières. On ne souhaite cela à personne, cela va sans dire.

Une période de silence devait être respectée, c’est fait. Aujourd’hui je l’affirme, je préférais à peu près tous les analystes politiques qui remplaçaient Lapierre lors de ses vacances que l’homme en question.

Lapierre, celui qui mangeait à tous les râteliers parlait rarement de politique, il rapportait et commentait les potins, les rumeurs, les sondages. C’était l’Édouard Rémi de la politique. Il était au courant des magouilles, des alliances politiques et des stratégies électorales mais il parlait peu de la société, des politiques véritables pouvant influer le quotidien des gens.

Il s’intéressait aux pourcentages de votes qu’un candidat pouvait obtenir mais ces interventions ne traitaient jamais des idées sociales ou politiques, du fond des choses, de l’histoire, de ce qui se passait ailleurs. En suivant Lapierre on était informé des jeux de coulisses mais le Monde se limitait à Québec et Ottawa.

Les journaux, les stations de radio et de télé aimaient recevoir l’homme qui maitrisait le sens du spectacle, qui faisait grimper les cotes d’écoute en faisant usage d’un langage coloré. Il était aussi utile aux politiciens avides d’informations pouvant leur servir lors d’élections. Mais si vous vouliez connaître le pourquoi du pourquoi, il fallait écouter ou lire des gens plus sérieux, des gens dont le contenu primait sur le divertissement. En ce sens, Chantal Hébert et lui-même formait un couple troublant, des contraires, pas des compléments.

Il me faisait souvent sourire, je l’avoue, il maniait bien la langue, il travaillait beaucoup mais cela ne rend pas un homme aussi marquant pour une société, comme les médias ont voulu nous le faire croire.

Grand-Langue

17 février 2016

Qu'est-ce qu'on conserve?

Hier, j’ai fait du ménage, j’ai jeté des choses ayant marqué un segment de ma vie, mon adolescence, ma vie d’adulte aussi un plein coffre de cassettes de musiques enregistrées. J’avais précieusement conservé ces boitiers en plastique bien identifiés. Ce coffre m’a toujours suivi, jadis c’était mon coffre à jouets.
Il contenait aussi des enregistrements légués par d’autres. Que faire de ces objets devenus inutiles? Les laisser à mes enfants? Cadeau encombrant et sans intérêt pour eux, savent-ils ce qu’est un magnétophone? Le contenu entier du coffre tiendrait sur une clé USB.
Ai-je trahi la volonté de ceux et celles qui m’ont donné ces choses? Non. La notion du temps et du souvenir est relative. On veut laisser une trace de notre passage, mais toutes les traces finissent par s’effacer, sans exception. Il ne s’agissait pas de créations originales. Las de déplacer ce coffre qui semblait plus lourd chaque année (je sais, c’est moi qui perds des forces), j’ai cavalièrement tout balancé aux ordures, pour ne pas changer d’idée.
En jetant les dernières cassettes, mon regard s’est arrêté sur deux boitiers. J’ai reconnu l’écriture de mon défunt père. J’ai récupéré ces deux cassettes et refermé le couvercle du conteneur à déchet.
J’ai inséré ces cassettes dans un lecteur et appuyé sur « play ». L’enregistrement datait de 1980. J’avais entamé un long périple en Amérique latine. Mon père qui suivait mes péripéties de chez lui avait eu l’idée d’enregistrer sur cassette des textes lus par des parents, des amis. On y racontait des anecdotes, on rapportait des nouvelles du Québec, il y avait des blagues, des commentaires politiques on avait même inclus les aboiements du chien. Ces cassettes furent expédiées à la poste restante d'où j’en prenais livraison.
Dès le début de la première cassette, c’est mon père qui parle, il est mort en 2001. En 1980 on enregistrait peu le « quotidien ». Les téléphones n'étaient pas intelligents. Cette voix m’a catapulté dans le passé, dans un autre environnement, entouré de gens qui ne sont plus de ce monde ou que j’ai perdus de vue.  Les propos enregistrés valent bien des récits écrits, car en plus du contenu vocal, l’ambiance s'est "magnétiquement imprégnée" sur le ruban, on devine qui est dans la pièce, ceux et celles qui parlent en arrière plan. L’imaginaire fait naturellement le reste : les couleurs, les vêtements, les visages, les meubles et les odeurs se mettent en place.
À l’époque, partir pour quelques mois ou quelques années était encore considéré comme quelque chose d’assez unique. Aujourd’hui, grâce aux médias, on connait tout sans voyager. Je ne parle pas des ‘tout inclus’ qui sont des déplacements, pas des voyages.
Plus loin, sur la seconde cassette, j’entends les sons de mon fils alors qu’il n’a que quelques semaines. Je m’entends jouer avec lui. Je ne me souvenais pas avoir enregistré cela. Je me demande combien de trésors j’ai pu jeter aux ordures. Je ne regrette rien, si je n'avais pas jeté ces objets, je n'aurais peut-être jamais repéré ces deux cassettes!
Grand-Langue

3 janvier 2016

Mon "Mot de l'Année" 2015 sera...

Charlie Hebdo.
Tuer des gens qui se moquent de la bêtise humaine dépasse la bêtise et je ne pourrai pas oublier cet événement aussi absurde que dramatique.
Grand Langue