Une période de silence devait être respectée, c’est fait. Aujourd’hui je l’affirme, je préférais à peu près tous les analystes politiques qui remplaçaient Lapierre lors de ses vacances que l’homme en question.
Lapierre, celui qui mangeait à tous les râteliers parlait rarement de politique, il rapportait et commentait les potins, les rumeurs, les sondages. C’était l’Édouard Rémi de la politique. Il était au courant des magouilles, des alliances politiques et des stratégies électorales mais il parlait peu de la société, des politiques véritables pouvant influer le quotidien des gens.
Il s’intéressait aux pourcentages de votes qu’un candidat pouvait obtenir mais ces interventions ne traitaient jamais des idées sociales ou politiques, du fond des choses, de l’histoire, de ce qui se passait ailleurs. En suivant Lapierre on était informé des jeux de coulisses mais le Monde se limitait à Québec et Ottawa.
Les journaux, les stations de radio et de télé aimaient recevoir l’homme qui maitrisait le sens du spectacle, qui faisait grimper les cotes d’écoute en faisant usage d’un langage coloré. Il était aussi utile aux politiciens avides d’informations pouvant leur servir lors d’élections. Mais si vous vouliez connaître le pourquoi du pourquoi, il fallait écouter ou lire des gens plus sérieux, des gens dont le contenu primait sur le divertissement. En ce sens, Chantal Hébert et lui-même formait un couple troublant, des contraires, pas des compléments.
Il me faisait souvent sourire, je l’avoue, il maniait bien la langue, il travaillait beaucoup mais cela ne rend pas un homme aussi marquant pour une société, comme les médias ont voulu nous le faire croire.
Grand-Langue